Invités

Nous vous avons concocté trois conférences avec des invités de choix pendant la semaine du CRIEC. Nous espérons qu’elles vous plairont !

 

Mardi 9 juin à 14 : Alain Cappy

Un processeur inspiré du cerveau : approche neuromorphique pour le traitement de l’information

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Le développement de la société de l’information s’accompagne de la génération de quantités de données de plus en plus grandes : c’est le ‘data deluge’, terme proposé pour décrire la croissance massive du volume de données générées par les médias numériques (audio et vidéo), les transactions commerciales, les réseaux sociaux, les dossiers juridiques et médicaux, les bibliothèques numériques, etc…. Ce ‘ data déluge’ s’accompagne d’une consommation d’énergie électrique annuelle de plusieurs centaines de TWh soit plus que la consommation électrique totale de la France.

Cette consommation gigantesque constitue un risque important de limitation du développement de la société de l’information. La maîtrise du rapport performance / énergie dissipée devient donc aujourd’hui la question de fond et le moteur des innovations du domaine du traitement de l’information : il devient donc urgent de proposer de nouveaux paradigmes de traitement de l’information capables de réduire de façon drastique la consommation d’énergie tous en en continuant à l’amélioration des performances.

Après une présentation des questions scientifiques et technologiques qui se posent, nous proposerons quelques pistes possibles pour le traitement de l’information du futur. Nous montrerons en particulier l’intérêt, pour de nombreuses applications, des architectures bioinspirées. Au-delà des améliorations dans les implémentations matérielles de ces architectures, nous montrerons d’une part qu’une des évolutions les plus remarquables consiste au mode de représentation de l’information par codage temporel (impulsionnel) des événements, et d’autre part que les réseaux de neurones et de synapses artificielles sont d’excellents candidats pour la construction d’architectures neuro-inspirées car ils apportent efficacité, adaptabilité et qu’ils sont parfaitement adaptés pour l’implémentation des algorithmes d’apprentissage non supervisés issus des neurosciences.

Alain Cappy est né en 1954. Ancien élève de l’École Normale Supérieure de Cachan, il est agrégé de Sciences physiques. Il soutient sa thèse de troisième cycle en Électronique en 1981 puis son doctorat d’État en 1986. Depuis 1991, il est Professeur à l’Université Lille1 ou il enseigne l’électronique, en particulier la physique des dispositifs à semi-conducteurs. Ses activités de recherche concernent la conception, la fabrication et la caractérisation de micro et nano dispositifs rapides. Depuis 2010, il travaille sur les architectures bio-inspirées de traitement de l’information.

De 2002 à 2009, il a dirigé l’IEMN, un laboratoire de recherche réunissant plus de 450 personnes. De 2010 à 2014 il a été directeur de l’IRCICA, un hôtel à projets dont l’objectif est le développement de recherches interdisciplinaires associant, en particulier, les communautés du logiciel et du matériel. Alain Cappy est membre du Comité de Pilotage du défi ‘Information et Communication’ de l’ANR, expert auprès des ‘Scientific Research Council’ de Norvège et de Suède, expert pour le Secrétariat d’État Espagnol à la recherche et il préside l’International Scientific and Technological Advisory Board’ du réseau des centrales de nanofabrication de Suède. Il est également chargé de mission auprès du Directeur Général Délégué à la Science du CNRS et délégué scientifique au Haut Conseil de l’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (HCERES) où il coordonne l’évaluation de l’ensemble des unités de recherche du domaine ‘Science et Technologie’.


 

Mercredi 10 juin à 14h : Anne Perrin

Science, risque et société technique – Cas de la téléphonie mobile

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Parallèlement au déploiement massif des systèmes de communication sans fil, des craintes sont apparues concernant de possibles effets des ondes radiofréquences sur la santé. C’est l’induction de cancers et le syndrome d’hypersensibilité aux champs électromagnétiques (ou électrosensibilité) qui sont le plus souvent médiatisés, et dans une moindre mesure les questions liées à l’usage du téléphone par les enfants et celles se rapportant à la reproduction humaine (fertilité masculine, femmes enceintes).

Une activité de recherche intense a été menée mondialement sur ce sujet au cours des dernières décennies et se poursuit encore, de manière plus discrète, pour étudier les effets biologiques et sanitaires potentiels de ces ondes aux niveaux d’exposition ambiants. Ceci permet d’évaluer le risque et d’établir des valeurs limites d’expositions réglementaires aux différentes gammes de fréquences. En dépit des conclusions rassurantes des expertises scientifiques, les radiofréquences et les politiques publiques associées restent placées au cœur de débats de société et de polémiques largement médiatisées dans un registre alarmiste. De plus, la peur des ondes donne lieu à un marché lucratif que certains s’emploient à développer. Il est difficile pour qui n’est pas familier du domaine de se faire une opinion sur le sujet.

La qualité de l’information joue un rôle majeur dans cette amplification sociale du risque et les malaises qui l’accompagnent. Les scientifiques ne sont pas exempts de responsabilité dans cette situation pour différentes raisons. La perception du risque par la population s’en ressent et les enquêtes d’opinion indiquent un niveau d’inquiétude non négligeable et persistant dans la population, notamment vis-à-vis de la téléphonie mobile. Paradoxalement l’adhésion à cette technologie est massive, traduisant un haut niveau d’acceptabilité du risque perçu.

C’est donc l’état des connaissances, mais aussi l’évolution du rapport à la technologie et au risque dans les sociétés modernes qu’il est intéressant d’analyser pour mieux appréhender cette problématique. Ces points seront présentés, ce qui permettra de penser les contributions des différents acteurs impliqués dans ce contexte d’évolution de la société face aux nouvelles technologies.

Anne Perrin est Docteur en biologie, HDR, et diplômée en philosophie (master « Culture et santé »).  Après une thèse dans une unité INSERM au CEA de Grenoble, elle poursuit en recherche fondamentale pour étudier le métabolisme cellulaire dans différentes conditions de stress en utilisant des approches biophysiques (RMN). Elle mène des recherches sur les effets biologiques et sanitaires des ondes radiofréquences depuis 1997. Longtemps chercheur pour le Service de santé des Armées, elle travaille maintenant  dans le laboratoire de Microélectronique, électromagnétisme et photonique (IMEP-LAHC), UMR CNRS/UJF/INP-G, à Minatec, Grenoble. Elle s’intéresse de plus en plus à la question de l’hypersensibilité électromagnétique qui est typiquement à l’interface science -société.

En tant qu’expert pour l’AFSSET, Anne a contribué à la réalisation du rapport d’expertise collective « Radiofréquences » paru en 2009 pour l’évaluation du risque. Elle est Présidente de la section « Rayonnements non ionisants » de la Société Française de Radioprotection (SFRP, depuis 2011, fin de mandat en juin 2015, restera dans cette section comme vice-présidente). Enfin, Anne Perrin est actuellement présidente de l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS, depuis juin dernier) et participe souvent à des conférences ou autres interventions grand public autour du thème « ondes électromagnétiques, risque et société ».


 

Jeudi 11 juin à 10h45 : Julien Bobroff

Nouvelles approches pour communiquer la science et rôle du chercheur dans la vulgarisation

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L’univers de la vulgarisation est en pleine évolution, comme ces nouvelles chaînes sur Youtube, ces nouveaux formats de conférences ultra-courtes, l’explosion des fablabs et des technologies open-source, ou même Wikipedia.

Les chercheurs, plutôt habitués aux formats traditionnels, doivent-ils participer à ces nouvelles formes de communication de la science ? Peuvent-ils y trouver leur place et y parler de leurs recherches ? Ont-ils vraiment un rôle spécifique à jouer ?

Nous montrerons dans cette conférence comment et pourquoi certains scientifiques ont justement tenté l’aventure en s’engageant dans de nouveaux types d’actions grand public. Nous décrirons également à titre d’exemple quelques productions de notre équipe de recherche “La Physique Autrement” qui visent à ce renouveau de la vulgarisation.

 

Julien Bobroff est physicien, professeur à l’Université Paris-Sud et chercheur au Laboratoire de Physique des Solides. Il a travaillé pendant vingt ans sur la supraconductivité et la physique quantique dans la matière. Depuis deux ans, il a créé un groupe de recherche, « La Physique Autrement », qui explore de nouvelles façons de vulgariser la physique et la recherche, en collaboration avec des designers ou des artistes. Ce groupe mène également des recherches sur ces nouvelles formes de médiation et de collaboration entre scientifiques et designers.

Site web : http://www.vulgarisation.fr